Ecole et enseignement

vérite philosophie

“Enseigner, ce n’est point débiter un cours devant un public, contrairement à ce que certains se plaisent à caricaturer en parlant à tort de “cours magistral” pour le flétrir alors qu’il n’est jamais magistral en cela. Enseigner, c’est parler à des élèves dont les résistances constituent la matière première de la pédagogie. C’est être attentif à leur visage, à ce qu’ils font pendant qu’on leur parle et à ce qu’ils disent quand on leur donne la parole. C’est se heurter parfois à la réticence des uns, s’appuyer aussi sur la bienveillance des autres, et mettre en commun ces choses pour faire d’une collection d’individus aux intérêts divergents un nouvel individu dont l’intérêt est d’apprendre et de comprendre. C’est construire, enfin, avec tous quelque chose d’unique qui ne pourra jamais être reproduit tel quel avec une autre classe. Telle est du moins la condition d’un enseignement vivant qui fait que la pédagogie est un art et que le cours du professeur est une œuvre à proprement parler. Une œuvre, non son œuvre, car l’enseignement, comme le dit pour le coup magistralement Aristote, est “l’œuvre commune du maître et de l’élève”. René Chiche, “La désinstruction nationale”.

“Instituer l’être humain, c’est au sens premier du mot, le mettre sur pied, le faire tenir débout, en l’inscrivant dans une communauté de sens qui le lie à ses semblables; c’est lui permettre d’occuper sa place dans le genre humain. Telle était la tâche de l’instituteur dans l’ordre républicain: rendre les enfants capables d’agir et d’apprendre par eux-mêmes en leur inculquant les disciplines requises par cet ordre. Changement terminologique très révélateur: les instituteurs eux-mêmes ont demandé à être débarrassés de ce titre devenu incompréhensible pour se fondre dans le monde de professeurs (étymologiquement : de ceux qui mettent leurs science en avant) et l’ont obtenu”. Alain Supiot, “Homo jiridicus”.

“Le pédagogisme a une haine de la culture classique qu’il daigne tout juste étudier pour s’informer et se documenter et certainement pas pour se former l’esprit par la lecture. Si l’école républicaine avait pour mission de transmettre le savoir et les vertus, les IUFM, crées par Lionel Jospin, ont au contraire pour but de détruire le savoir et la morale”. Jean-Claude Michéa, “L’enseignement de l’ignorance”.

“L’éducation de masse, qui se promettait de démocratiser la culture, jadis réservée aux classe privilégiées, a fini par abrutir les privilégiés eux-mêmes. La société moderne, qui a réussi à créer un niveau sans précédent d’éducation formelle, a également produit de nouvelles formes d’ignorance. Il devient de plus en plus difficile aux gens de manier leur langue avec aisance et précision, de se rappeler les faits fondamentaux de l’histoire de leur pays, de faire des déductions logiques, de comprendre des textes écrits autres que rudimentaires”. Christopher Lasch, La Culture du Narcissisme.

“La France était encore il y a peu une terre de lettres et de culture, patrie des Lumières et résidence principale des philosophes. Puis vinrent la psychologie à deux sous et la sociologie des épluchures. Ces deux rejetons de l’idiotie et du ressentiment infestèrent d’abord l’université avant de se répandre dans l’école tout entière, pour y interdire l’esprit. Eh bien c’est chose faite, on ne sait plus penser dans ce pays, ni admirer. L’on se borne à vilipender le complotisme et le populisme en faisant soi-même preuve du plus affligeant conformisme”. René Chiche

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« Essayer de remédier aux fautes par l’attention et non la volonté »
Simone Weil, La Pesanteur et la grâce.

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