Machine d’amour à Manchester-Alexandre Vialatte

L’université de Manchester a construit une machine parfaite qui sait faire les lettres d’amour. Trois mille à l’heure si on le désire. Dont six cents modèles différents. « Chère affectionnée, écrit-elle, vous êtes mon avide sentiment. Mon affection s’adapte bizarrement à vous. Mon appréciation bleue tend vers votre cœur rose. Vous êtes ma songeuse sympathie. » Ce qui est bien beau pour une mécanique. Elle sait d’ailleurs faire bien d’autres choses,traire les vaches et vieillir le vin. En Amérique même les mariages. Avec des fiches percées, comme les factures du gaz. Les caractères, la beauté, la fortune et les particularités sont marqués par des trous sur les fiches des clients. Et des clientes. Et la machine a des crochets. On jette les fiches dans la machine, quand les crochets en attrapent deux au même moment, c’est que les trous des fiches coïncident. On a trouvé le couple idéal. Il paraît qu’il y a peu de divorces. En tout cas moins que sans la machine. L’homme n’a plus à se mêler de lui-même.

La Montagne, 13 mars 1962.

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