Dessin en direct pour Septodont

Dessin en direct pour Septodont au Cloud Business Center. Septodont est une entreprise française dont l’industrie très innovante est tournée vers la fabrication de produits pour la profession dentaire. Chaque seconde dans le monde, 15 injections d’anesthésique dentaire sont réalisées avec une cartouche Septodont. Fondée en 1932 par la famille Schiller, cette entreprise, basée à Saint-Maur-des-Fossés  et implantée dans plus de 150 pays, est aujourd’hui le leader mondial de ce marché. Spetodont a reçu le trophée industriel de l’année ( catégorie ETI ).

Dessin en direct pour la Fondation Partage et Vie

Séminaire de la Fondation Partage et Vie à Montrouge au Beffroi. La fondation regroupe sous son égide 117 établissements et services.  Son objet est la lutte contre toutes les formes de dépendance par le soutien aux personnes dont la perte d’autonomie est la conséquence de l’âge, de la maladie ou du handicap. Thèmes abordés : La tarification T2A, les CPOM, …

Think out of the box !

think out of the box
think out of the box !

“Je ne saurais donc trop conseiller la vie de château. L’homme n’habite plus assez les palais, les manoirs, les donjons, les gentilhommières. Le gros avantage est qu’on y a beaucoup de place. On sait où mettre les allumettes, le vin, le fromage, la mort aux rats, le sel, le poivre, la cannelle. Il y a un endroit pour le fantôme et un coin pour ranger le vélo. La plante verte s’épanouit dans un couloir grand comme une cathédrale. On peut regarder par les créneaux, se cacher derrière les merlons, monter des escaliers en vis, se perdre dans une antichambre et courir dans les oubliettes. Il y a même une plate-forme en pierre qui met de niveau avec le cheval quand on veut monter en armure ; ce qui est très pratique pour les tournois. Le panorama n’a pas de fin, le potager est immense, le verger délicieux ; on peut errer toute une journée sans sortir des limites du parc, naître devant un horizon sans bornes et se faire enterrer dans le jardin. L’eau du puits est souvent potable ; une barre de fer, dans la cuisine voûtée, permet d’accrocher les jambons. Qui n’aimerait tant de commodités ? C’est pourquoi l’homme adore la vie de château. Il peut se chauffer les jambes devant des cheminées gothiques ornées d’un hérisson ou d’un lapin de garenne, d’un soleil, d’un lion, d’une licorne sur un écusson ouvragé. De temps en temps il tisonne et il rajoute un chêne, un petit poirier ou un épicéa. Il fait venir quelque ménestrel qui lui chante la Chanson de Roland et qui lui propose des devinettes ; des musiciens qui lui jouent de la vielle, du rebec et du tambourin ; des chiens savants qui font mille tours, des jongleurs qui cassent les assiettes, des montreurs d’ours qui montrent leurs ours, des singes qui montrent leur derrière. Ainsi vivait le seigneur, vêtu d’une peau de lapin et coiffé d’un grand capuchon, parmi des dames aux sourcils épilés, ornées de chapeaux pointus et décolletées en cœur, qui portaient des bas en peau de rat pour se protéger des rhumatismes. Le mobilier se composait sobrement d’escabeaux de chêne et de tapisseries splendides qui représentaient des licornes, des paons, des lévriers et des batailles rangées. Mais lisez le Château fort qu’a écrit Jacques Levron et vous saurez tout des châteaux, qui sont la plus belle chose du monde, leur plan, leur histoire, leur déclin, leurs aventures et leur philosophie.”
La Montagne, 29 octobre 1963. Alexandre Vialatte.

Le téléviseur, Alexandre Vialatte

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« L’homme rentre chez lui découragé. Par la fenêtre de sa cuisine il voit défiler les saisons. Elles passent avec un bruit de pluie fine. (…) L’homme achète la télévision. Il y voit des hommes qui galopent, des chevaux qui courent, des femmes qui plongent, des bonzes qui brûlent, des Arabes qui crient, et le général De Gaulle qui répond point par point à la question qu’on a oublié de lui poser.Entre-temps, des messieurs hirsutes se contorsionnent, des femmes nues poussent des hurlements, des nègres dansent dans une clairière, et on enterre des chefs d’État illustres, dont le cercueil est posé sur un affût de canon au milieu de marins, de cuirassiers et d’hommes célèbres en habit noir. Ces images lui brouillent l’entendement. Il ne voit pas bien ce qu’il fait au milieu de toutes ces choses, avec sa femme, son chat et sa maladie de foie. Le train de ce monde lui paraît triste, grimaçant et frénétique. Il en meurt de chagrin à l’automne, conformément aux statistiques et au théorème de Buffon. Le mois de novembre est arrivé. Il n’y a plus, dans le jardin, que trois ou quatre pieds de chou et une odeur froide de céleri. »

Alexandre Vialatte, Chronique des nourritures et des occupations, in Dernières nouvelles de l’homme.

Que faut-il dire aux hommes ? Lettre au Général X, Antoine de Saint Exupery

Dernière lettre d’Antoine de Saint Exupery, datée du 30 juillet 1944.

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« Je viens de faire quelques vols sur P38. C’est une belle machine. J’aurais été heureux de disposer de ce cadeau-là pour mes vingt ans. Je constate avec mélancolie qu’aujourd’hui, à quarante-trois ans, après quelques six mille cinq cents heures de vol sous tous les ciels du monde, je ne puis plus trouver grand plaisir à ce jeu-là. Ce n’est plus qu’un instrument de déplacement — ici de guerre. Si je me soumets à la vitesse et à l’altitude à mon âge patriarcal pour ce métier, c’est bien plus pour ne rien refuser des emmerdements de ma génération que dans l’espoir de retrouver les satisfactions d’autrefois.

Ceci est peut-être mélancolique, mais peut-être bien ne l’est-ce pas. C’est sans doute quand j’avais vingt ans que je me trompais. En octobre 1940, de retour d’Afrique du Nord où le groupe 2-33 avait émigré, ma voiture étant remisée exsangue dans quelque garage poussiéreux, j’ai découvert la carriole et le cheval. Par elle l’herbe des chemins. Les moutons et les oliviers. Ces oliviers avaient un autre rôle que celui de battre la mesure derrière les vitres à 130 km à l’heure. Ils se montraient dans leur rythme vrai qui est de lentement fabriquer des olives. Les moutons n’avaient pas pour fin exclusive de faire tomber la moyenne. Ils redevenaient vivants. Ils faisaient de vraies crottes et fabriquaient de la vraie laine. Et l’herbe aussi avait un sens puisqu’ils la broutaient.

Et je me suis senti revivre dans ce seul coin du monde où la poussière soit parfumée (je suis injuste, elle l’est en Grèce aussi comme en Provence). Et il m’a semblé que, toute ma vie, j’avais été un imbécile…

Triste pour ma génération

Tout cela pour vous expliquer que cette existence grégaire au cœur d’une base américaine, ces repas expédiés debout en dix minutes, ce va-et-vient entre les monoplaces de 2600 chevaux dans une bâtisse abstraite où nous sommes entassé à trois par chambre, ce terrible désert humain, en un mot, n’a rien qui me caresse le cœur. Ça aussi, comme les missions sans profit ou espoir de retour de juin 1940, c’est une maladie à passer. Je suis “malade” pour un temps inconnu. Mais je ne me reconnais pas le droit de ne pas subir cette maladie. Voilà tout. Aujourd’hui, je suis profondément triste. Je suis triste pour ma génération qui est vide de toute substance humaine. Qui n’ayant connu que les bars, les mathématiques et les Bugatti comme forme de vie spirituelle, se trouve aujourd’hui plongé dans une action strictement grégaire qui n’a plus aucune couleur.

On ne sait pas le remarquer. Prenez le phénomène militaire d’il y a cent ans. Considérez combien il intégrait d’efforts pour qu’il fut répondu à la vie spirituelle, poétique ou simplement humaine de l’homme. Aujourd’hui nous sommes plus desséchés que des briques, nous sourions de ces niaiseries. Les costumes, les drapeaux, les chants, la musique, les victoires (il n’est pas de victoire aujourd’hui, il n’est que des phénomènes de digestion lente ou rapide) tout lyrisme sonne ridicule et les hommes refusent d’être réveillés à une vie spirituelle quelconque. Ils font honnêtement une sorte de travail à la chaîne. Comme dit la jeunesse américaine, “nous acceptons honnêtement ce job ingrat” et la propagande, dans le monde entier, se bat les flancs avec désespoir.

De la tragédie grecque, l’humanité, dans sa décadence, est tombée jusqu’au théâtre de M. Louis Verneuil (on ne peut guère aller plus loin). Siècle de publicité, du système Bedeau, des régimes totalitaires et des armées sans clairons ni drapeaux, ni messes pour les morts. Je hais mon époque de toutes mes forces. L’homme y meurt de soif.

Rendre aux hommes une signification spirituelle

Ah ! Général, il n’y a qu’un problème, un seul de par le monde. Rendre aux hommes une signification spirituelle, des inquiétudes spirituelles, faire pleuvoir sur eux quelque chose qui ressemble à un chant grégorien. On ne peut vivre de frigidaires, de politique, de bilans et de mots croisés, voyez-vous ! On ne peut plus vivre sans poésie, couleur ni amour. Rien qu’à entendre un chant villageois du XVe siècle, on mesure la pente descendue. Il ne reste rien que la voix du robot de la propagande (pardonnez-moi). Deux milliards d’hommes n’entendent plus que le robot, ne comprennent plus que le robot, se font robots.

Tous les craquements des trente dernières années n’ont que deux sources : les impasses du système économique du XIXe siècle et le désespoir spirituel. Pourquoi Mermoz a-t-il suivi son grand dadais de colonel sinon par soif ? Pourquoi la Russie ? Pourquoi l’Espagne ? Les hommes ont fait l’essai des valeurs cartésiennes : hors des sciences de la nature, cela ne leur a guère réussi. Il n’y a qu’un problème, un seul : redécouvrir qu’il est une vie de l’esprit plus haute encore que la vie de l’intelligence, la seule qui satisfasse l’homme. Ça déborde le problème de la vie religieuse qui n’en est qu’une forme (bien que peut-être la vie de l’esprit conduise à l’autre nécessairement). Et la vie de l’esprit commence là où un être est conçu au-dessus des matériaux qui le composent. L’amour de la maison — cet amour inconnaissable aux États-Unis — est déjà de la vie de l’esprit.

Et la fête villageoise, et le culte des morts (je cite cela car il s’est tué depuis mon arrivée ici deux ou trois parachutistes, mais on les a escamotés : ils avaient fini de servir). Cela c’est de l’époque, non de l’Amérique : l’homme n’a plus de sens.

Il faut absolument parler aux hommes.

À quoi servira de gagner la guerre si nous en avons pour cent ans de crise d’épilepsie révolutionnaire ? Quand la question allemande sera enfin réglée, tous les problèmes véritables commenceront à se poser. Il est peu probable que la spéculation sur les stocks américains suffise au sortir de cette guerre à distraire, comme en 1919, l’humanité de ses soucis véritables. Faute d’un courant spirituel fort, il poussera, comme champignons, trente-six sectes qui se diviseront les unes les autres. Le marxisme lui-même, trop vieilli, se décomposera en une multitude de néo-marxismes contradictoires. On l’a bien observé en Espagne. À moins qu’un César français ne nous installe dans un camp de concentration pour l’éternité.

Ah ! Quel étrange soir, ce soir, quel étrange climat. Je vois de ma chambre s’allumer les fenêtres de ces bâtisses sans visages. J’entends les postes de radio divers débiter leur musique de mirliton à ces foules désœuvrées venues d’au-delà des mers et qui ne connaissent même pas la nostalgie.

Infidèle à quoi ?

On peut confondre cette acceptation résignée avec l’esprit de sacrifice ou la grandeur morale. Ce serait là une belle erreur. Les liens d’amour qui nouent l’homme d’aujourd’hui aux êtres comme aux choses sont si peu tendus, si peu denses, que l’homme ne sent plus l’absence comme autrefois. C’est le mot terrible de cette histoire juive : “Tu vas donc là-bas ? Comme tu seras loin” — Loin d’où ? Le “où” qu’ils ont quitté n’était plus guère qu’un vaste faisceau d’habitudes.

Dans cette époque de divorce, on divorce avec la même facilité d’avec les choses. Les frigidaires sont interchangeables. Et la maison aussi si elle n’est qu’un assemblage. Et la femme. Et la religion. Et le parti. On ne peut même pas être infidèle : à quoi serait-on infidèle ? Loin d’où et infidèle à quoi ? Désert de l’homme.

Qu’ils sont donc sages et paisibles ces hommes en groupe. Moi je songe aux marins bretons d’autrefois, qui débarquaient, lâchés sur une ville, à ces nœuds complexes d’appétits violents et de nostalgie intolérable qu’ont toujours constitués les mâles un peu trop sévèrement parqués. Il fallait toujours, pour les tenir, des gendarmes forts ou des principes forts ou des fois fortes. Mais aucun de ceux-là ne manquerait de respect à une gardeuse d’oies. L’homme d’aujourd’hui, on le fait tenir tranquille, selon le milieu, avec la belote ou le bridge. Nous sommes étonnamment bien châtrés.

Fonctionnariat individuel

Ainsi sommes-nous enfin libres. On nous a coupé les bras et les jambes, puis on nous a laissé libres de marcher. Mais je hais cette époque où l’homme devient, sous un totalitarisme universel, bétail doux, poli et tranquille. On nous fait prendre ça pour un progrès moral ! Ce que je hais dans le marxisme, c’est le totalitarisme à quoi il conduit. L’homme y est défini comme producteur et consommateur, le problème essentiel étant celui de la distribution. Ce que je hais dans le nazisme, c’est le totalitarisme à quoi il prétend par son essence même. On fait défiler les ouvriers de la Ruhr devant un Van Gogh, un Cézanne et un chromo. Ils votent naturellement pour le chromo. Voilà la vérité du peuple ! On boucle solidement dans un camp de concentration les candidats Cézanne, les candidats Van Gogh, tous les grands non-conformistes, et l’on alimente en chromos un bétail soumis. Mais où vont les Etats-Unis et où allons-nous, nous aussi, à cette époque de fonctionnariat universel ? L’homme robot, l’homme termite, l’homme oscillant du travail à la chaîne du système Bedeau à la belote. L’homme châtré de tout son pouvoir créateur, et qui ne sait même plus, du fond de son village, créer une danse ni une chanson. L’homme que l’on alimente en culture de confection, en culture standard comme on alimente les bœufs en foin.

C’est cela l’homme d’aujourd’hui.

Et moi je pense que, il n’y a pas trois cents ans, on pouvait écrire La Princesse de Clèves ou s’enfermer dans un couvent pour la vie à cause d’un amour perdu, tant était brûlant l’amour. Aujourd’hui bien sûr les gens se suicident, mais la souffrance de ceux-là est de l’ordre d’une rage de dents intolérable. Ce n’a point à faire avec l’amour.

Certes, il est une première étape. Je ne puis supporter l’idée de verser des générations d’enfants français dans le ventre du moloch allemand. La substance même est menacée, mais, quand elle sera sauvée, alors se posera le problème fondamental qui est celui de notre temps. Qui est celui du sens de l’homme et auquel il n’est point proposé de réponse, et j’ai l’impression de marcher vers les temps les plus noirs du monde.

Ça m’est égal d’être tué en guerre. De ce que j’ai aimé, que restera-t-il ? Autant que les êtres, je parle des coutumes, des intonations irremplaçables, d’une certaine lumière spirituelle. Du déjeuner dans la ferme provençale sous les oliviers, mais aussi de Haendel. Les choses, je m’en fous, qui subsisteront. Ce qui vaut, c’est un certain arrangement des choses. La civilisation est un bien invisible puisqu’elle porte non sur les choses, mais sur les invisibles liens qui les nouent l’une à l’autre, ainsi et non autrement. Nous aurons de parfaits instruments de musique, distribués en grande série, mais où sera le musicien ? Si je suis tué en guerre, je m’en moque bien. Ou si je subis une crise de rage de ces sortes de torpilles volantes qui n’ont plus rien à voir avec le vol et font du pilote parmi ses boutons et ses cadrans une sorte de chef comptable (le vol aussi c’est un certain ordre de liens).

Mais si je rentre vivant de ce “job nécessaire et ingrat”, il ne se posera pour moi qu’un problème : que peut-on, que faut-il dire aux hommes ? »

Antoine de Saint-Exupéry
 Lettre au général X, 30 juillet 1944

Vacances des juilletistes. Alexandre Vialatte.

Une population à demi nue, vêtue de pagnes ou de serviettes éponges, noircie par les intempéries, grouille sur ces terres déshéritées, et va laver son slip dans un ruisseau fangeux qui n’abreuve que l’ortie ou l’érythème noueux et la varicelle urticante. Piquée par les moustiques et rongée par les œstres, dévorée par la mouche à bœufs, le bacille de Gaertner et les salmonelloses, elle vit dans un fracas d’arrosoirs en fer-blanc qui couvre la voix de la radio, les résultats du Tour de France, les aboiements des chiens qu’on bat, les hurlements des bébés qu’on fouette, les cris des dames âgées que mordent les enfants, des enfants qui poursuivent les chiens et des chiens que mordent les grand-mères. Les familles vivent en tas sous de précaires abris de toile d’où dépasse un peu, à la nuit, une barbe, un pied, un morceau de nièce ou de cousin pauvre. A trois mètres de la tente un grand-père, un bébé disparaissent dans le circum magma, engloutis par des pieds, des jambes, des troncs, des bras humains dans un lacis inextricable, comme un lapin dans un buisson. Aussi les pères de famille avisés attachent-ils par une corde courte au piquet central de la tente les grand-mères et les enfançons. Une barrière de barbelés isole du monde ces radeaux de la Méduse. Un haillon vert y sèche à côté d’une loque rose. La vache vient, contemple et s’étonne, le prisonnier se souvient et passe, le promeneur regarde et fuit épouvanté. C’est ce qu’on appelle un camping de vacances. C’est ce que l’homme a trouvé pour échapper enfin à la promiscuité des villes tentaculaires. C’est là qu’il vit, qu’il aime, qu’il rêve, qu’il digère et qu’il élimine. Une flèche lui indique le bon endroit. Comme au stalag. Son transistor l’y accompagne. En bandoulière. Et c’est ainsi qu’Allah est grand.
La Montagne, 13 juillet 1965.